JEUDI ? Peu importe.
Il suffirait d'une petite brise, d'un ouragan douillet qui chasserait les nuages, le monde serait bien à son aise. Mais non, mais non, c'est trop demander que de dépasser les 20°C en plein mois de juillet. L'élan pris ces derniers jours angevins, parisiens, lillois, belges qu'importe, s'est vu stoppé net entre quatre murs ; désenchaîné au gré du vent, rarement.
Me voilà donc enracinée à Quimiac, forcée et consentante de retomber dans les bras de Chattam et ses murmures envoûtants, de retenir mon souffle aux paroles de Roca imprégnées de génie, et d'être présentée à la jolie Marianne Feder, dont la voix enchanteresse réchauffe la pluie et la charge d'odeurs exotiques.
JEUDI ? " Oui n'est pas bataille " (proverbe réunionnais)Ah si vous saviez, enfin je dis vous mais ça pourrait être tant d'autres, comme par moments il faut se contenter de vivre de petits riens. Le temps est si pourri que le monde commence à hiberner, les gens se trainent, les gens sont gris, tout déscélère. Et comme les contours se brouillent, comme les fissures s'élargissent, je me disais il y a quelques jours qu'il me fallait trouver de nouvelles prises où prendre appui, de nouvelles attaches pour revenir au port, en bref de nouvelles raisons pour me retourner en partant. Il a fallu creuser, revenir une bonne décennie en arrière pour trouver ce que je cherchais, quelques photos jaunies, des souvenirs épars, des éclats de rire surgis comme une bouteille rejetée par la mer. Des paroles qui d'habitude sortent de VOTRE bouche et vous désarment. Des 'je t'ai reconnue tout de suite' et des 'je me rappelle'. Des petits riens, des détails cousus de fil blanc et rafistolés avec des bouts de ficelle.
Des paroles déformées par le vent du port. Des regards sans lendemain, exotiques, fulgurants, qu'on te balance à la figure et qui disent : "tu es belle".
Des petits riens des détails, des breloques ballottées par la houle mais par pitié, un peu de chaleur humaine.
(T'aurais voulu être le héros qui me sauve de la noyade,
Me sortir la tête de l'eau, puis me dire "Viens, on s'évade!",
Sur les routes de bohème, pour une randonnée de dingue,
Faire un signe à ceux que j'aime, que j'suis vivant sous ma carlingue.
Mais emmène-moi, là où respirent les sirènes,
Emmène-moi, mon coeur chavire, mes tympans saignent, emmène-moi)